Qui danse le mieux, l'homme ou la machine ?

Notre projet prend racine dans deux avancées technologiques qui rendent possible de nouvelles formes dans l’expression artistique. D’abord notre logiciel, Latona, son procédé et ces algorithmes qui permettent de modéliser des schémas de déplacements transposables directement dans la vraie vie. Deuxièmement, des Objets à Déplacements Autonome (ODA) tels que les robots et les transporteurs personnels qui sont capables de réaliser ces schémas.

N'y avait-il pas là une opportunité d’améliorer, de transformer, avec Latona la danse pratiquée par les humains ? Je pensais que non étant donné que, au fil des évolutions, les schémas sont devenus de plus en plus complexes. Il fallait un niveau de précision très important pour reproduire les schémas que j’imaginais. Puis j’ai vu ça…

Peut-être que l’Homme était capable d’en faire davantage que je ne le pensais. Peut être que les humains pouvaient présenter certains avantages. Ce qui suit est le fruit de mes réflexions sur les avantages et désavantages de l’homme contre la machine dans le contexte de Latona.  

LES REPETITIONS

Ici ce sont les machines qui gagnent. Les humains ont besoin de travailler des heures et des heures pour apprendre les schémas. Un robot ou un fauteuil roulant électrique n’a besoin que de quelques secondes, le temps du transfert de données. En plus les machines peuvent se remplacer les unes les autres, apprendre un nouveau rôle très facilement. Si un humain ne peut pas danser, il est très difficile de le remplacer. 

Les humains ne peuvent évaluer leurs positions dans l’espace aussi précisément que les machines. Quand je crée des schémas pour les humains, j’utilise souvent des cibles. Les cibles sont des danseurs qui arrivent à leur place un ou deux temps avant les autres danseurs. Ces cibles font du mieux possible pour choisir leur position dans l’espace, elles ont quelques millièmes de seconde en plus pour décider. Les autres danseurs se mettent en place en fonction de ces cibles.  

Regardez cette vidéo et remarquez comment les « Tracks » rouge arrivent 2 temps avant les autres...

Peut-être qu’une option intéressante serait d’utiliser des machines comme cibles, ou des personnes en fauteuil roulant. Elles pourraient évoluer parmi les danseurs, le fauteuil roulant électrique pourrait recevoir des données de Latona afin de trouver la position juste dans l’espace, de façon à guider les autres.  

SYNCHRONISATION AVEC LA MUSIQUE

Les humains ont une autre relation à la mesure de la musique. En nous coordonnant avec le rythme, est-ce que nous faisons le rythme, ou est-ce que nous le suivons ? Sommes-nous au-dessus ou en-dessous de la musique ? Des groupes de danseurs qui ont beaucoup travaillé ensemble, des professionnels ou des amateurs confirmés, sont capables de se synchroniser entre eux. C’est magnifique à voir quand il y a une telle unité dans le groupe.

Les machines d’un autre côté sont capables d’une grande précision sur ce sujet, de faire correspondre le mouvement et le rythme de façon très précise. La relation entre le tempo, la mesure et le rythme peut être explorée bien plus profondément qu’avec les humains.  

FIABILITE
Les machines ne sont pas nerveuses, ne tombent pas malade, n’ont pas de mauvais jours. Cependant elles peuvent se casser. Ici la responsabilité est déplacée, des individus aux fabricants. 

L’AUDIENCE
Est-ce que le public s’intéresse davantage aux humains ou aux robots ? Je pense que nous allons voir des spectacles en partie pour observer des humains affronter leurs peurs, réaliser des performances, interagir avec le public. Ce qui nous plaît c’est de voir l’esprit humain mis à l’épreuve (et nous pouvons aussi être fasciné par de mauvaises performances). C’est le drame et l’humanité qui nous attirent. 
Mais il y également la pure beauté du mouvement. Parmi les sources d’inspiration de notre technologie, on compte l’observation et l’analyse des déplacements des oiseaux. Une nuée d’oiseaux est rendue magnifique par le mouvement, l’accélération, l’adaptation, l’équilibre entre chaos et harmonie. 


Qu’en pensez-vous ?